Parlons Learning avec Mathieu Brugière, directeur L&D chez Edenred
Dans ce nouvel épisode de Parlons Learning, nous donnons la parole à Mathieu Brugière, directeur Learning & Development chez Edenred France.
Positionnement stratégique du L&D, mesure de l’impact, formats expérientiels, gamification, rôle du jeu dans le changement… Il partage sans filtre ses pratiques, ses convictions et les leviers qu’il active pour renforcer l’efficacité des dispositifs de formation. Une plongée concrète et inspirante dans le quotidien d’un leader L&D engagé.
Quel positionnement pour le L&D chez Edenred ?
S’affirmer comme partenaire de la stratégie d’entreprise
Dans un contexte économique, politique et diplomatique particulièrement mouvant, le L&D doit, selon Mathieu Brugière, se positionner très en amont des transformations.
L’enjeu : ne plus seulement répondre à des demandes, mais devenir un véritable business partner, aligné sur les priorités stratégiques de l’entreprise.
Le défi du juste-à-temps
Un des défis persistants des professionnels du Learning & Développement consiste à réduire le décalage entre l’expression des besoins et la mise en place des dispositifs de formation.
Chez Edenred, l’objectif est clair : accélérer la détection des besoins et proposer des réponses réellement juste-à-temps.
ROI la formation ? Et pourquoi ne pas inverser la charge de la preuve
Ne plus se justifier d’exister
La question du ROI est un véritable "serpent de mer". Mais Mathieu Brugière constate qu’on ne demande jamais à prouver l’efficacité d’une formation quand elle porte sur un nouvel outil. Mais dès qu’il s’agit de compétences transverses (soft skills, management, vente…), la mesure devient plus complexe.
Se concentrer sur l’amont : clarifier les objectifs business
La clé, selon lui, est d’inverser la charge de la preuve :
- Les objectifs pédagogiques relèvent du L&D
- Les objectifs business doivent être définis par le demandeur
Qu’attend-on concrètement d’un collaborateur mieux formé ? Comment mesurera-t-on la réussite ?
En clarifiant ces KPI en amont, l’évaluation de l’impact devient un travail partagé.
Construire un partenariat sur la mesure d’impact
À l’issue de la formation, aux fonctions L&D de demander aux opérationnels de démontrer si les résultats attendus ont été atteints.
Si oui : on capitalise.
Si non : on ajuste.
Cette logique s’applique même sur des populations commerciales, où les indicateurs sont plus tangibles.
Rendre la formation présentielle plus mémorable et plus impactante
Créer des moments forts hors du quotidien
Sortir les salariés des opérations est de plus en plus difficile.
Pourtant, Mathieu Brugière insiste : une formation efficace nécessite du temps, de la disponibilité mentale et une vraie rupture avec le quotidien.
Pour les temps forts, il collabore désormais étroitement avec la marque employeur et l’équipe événementielle afin de concevoir des dispositifs plus immersifs.
Exemple : le Dream Team Bootcamp
80 top managers ont été réunis pendant trois jours dans un format bootcamp mixant modules de management et activités expérientielles.
Résultat :
- engagement très élevé,
- dynamique collective renforcée,
- demande forte de réitération.
Attention aux formats trop courts
Mathieu Brugière met en garde contre les modules de 2h ou ½ journée qui s’apparentent à une réunion dans l’agenda : « Le temps d’entrer dedans, on en sort déjà. »
Pour lui, les formations doivent être moins nombreuses mais plus denses, mieux préparées et plus marquantes.
La complémentarité des capsules régulières
Il reconnaît toutefois l’intérêt du microlearning lorsqu’il est pensé pour une pratique régulière (ex : apprentissage des langues).
Ludopédagogie et gamification : engager, oui, mais sans perdre l’objectif
La gamification : un levier, pas une finalité
Mathieu Brugière apprécie la gamification pour son pouvoir d’engagement, mais met une limite :
« Elle ne doit jamais devenir l’objectif principal, au risque de faire passer le jeu avant l’apprentissage. »
La force de la ludopédagogie
Passionné de jeux de société, Mathieu Brugière utilise le jeu comme moyen de :
- sortir les collaborateurs et collaboratrices du quotidien,
- favoriser l’échange,
- faire émerger des référentiels partagés,
- accompagner le changement dans un environnement instable.
Promouvoir les ludothèques d’entreprise
Edenred a mis en place une ludothèque interne en libre-service, utilisée pour :
- des icebreakers,
- des ateliers collaboratifs,
- des réunions créatives.
Une démarche qui contribue à développer l’agilité et l’acceptation du changement.
Ses recommandations de jeux en contexte professionnel
Timeline : excellent support pour travailler sur des processus ou des enchaînements d’étapes grâce à une logique de frise chronologique.
Top Ten (version professionnelle) : idéal pour créer un référentiel commun sur des sujets sensibles (comportements OK / pas OK).
Pour aller plus loin sur cette thématique :
Grégory Gallic
Grégory Gallic, directeur de projet L&D au sein des équipes Sur-Mesure de Cegos, est un acteur de référence en ingénierie pédagogique et efficacité professionnelle. Depuis plus de quinze ans, il accompagne les entreprises dans la conception et le déploiement de dispositifs de formation innovants et sur mesure, conçus pour renforcer durablement les compétences et soutenir les transformations. Titulaire d’un Executive MBA de l’IESEG, il met son expertise stratégique et opérationnelle au service des directions L&D pour repenser leurs offres et réussir leur transformation digitale. Son engagement chez Cegos illustre une vision exigeante et inspirante de la pédagogie au service de la performance collective.
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