Le marteau est-il coupable ?

Jean-Pierre TestaManager Offre et Expertise Cegos

Un bricoleur s’empare d’un marteau et… commence à taper sur la tête de son entourage. Le marteau est-il coupable ? La même question m’est venue à l’esprit à la suite d’un reportage récent sur des méthodes de management (benchmark, stratégie des alliés). Selon le reportage, ces méthodes seraient responsables des risques psychosociaux dans les entreprises. Est-ce vraiment la méthode qui est coupable ?

marteau coupable

En management aussi, l’intention précède l’action

Le marteau est-il coupable ? Ce qui est en cause, ce n’est pas tant l’outil que l’utilisation qui en est faite. Quelle est mon intention lorsque je me saisis du marteau ? Planter un clou ou bien taper sur la tête de mon voisin ? Il en va de même pour les méthodes de management. En fonction de l’intention du manager et de sa représentation de l’homme au travail, les mêmes méthodes peuvent avoir des utilisations bien différentes.

Prenons l’exemple du benchmark. Si la représentation du manager concernant ses collaborateurs est de l’ordre de « on ne peut pas leur faire confiance, les gens ne donnent le meilleur d’eux-mêmes que sous la pression » alors la méthode sera utilisée pour stigmatiser les performances les moins bonnes en les comparant aux autres. Si, au contraire, le manager considère que « les collaborateurs ont besoin de situer leur performances par rapport à des entités analogues pour tirer profit des meilleures pratiques», alors la méthode sera mise au service des collaborateurs pour les aider à progresser.

Une utilisation simpliste des méthodes

Un autre travers transparaissait dans le reportage : une utilisation simpliste voire dévoyée des méthodes. La méthode de « la stratégie des alliés » en est un exemple. Revenons aux sources et commençons par la nommer et en donner l’utilisation première : il s’agit de l’approche de la sociodynamique qui permet d’émettre des hypothèses sur le positionnement des personnes et des groupes dans un changement en fonction du fait qu’ils perçoivent un gain ou une perte. Cela revient à dire qu’une même personne ou un même groupe pourra avoir un positionnement totalement différent confronté à un autre changement. Simplifiée et détournée de son utilisation première, la sociodynamique devient « la stratégie des alliés » et est utilisée pour catégoriser voire cataloguer de manière définitive les personnes en « alliés » ou en « opposants »

Arrêter de regarder uniquement le marteau

A trop focaliser son attention sur le marteau, le manager risque d’oublier :

  • Les autres outils qu’il a à sa disposition,
  • A quoi sert le marteau et à quoi il ne peut pas servir,
  • Les raisons pour lesquelles il l’utilise : planter un clou ? Clouer une planche ? Construire un meuble ? Meubler une pièce ?

Le déficit de réflexion sur les valeurs managériales que l’on souhaite diffuser et faire vivre dans l’organisation conduit parfois à ériger en valeurs des notions qui (ne) sont que des méthodes ou des outils de management. Le marteau devient alors finalité… avec les risques que l’on connait.

Ecrit par
Jean-Pierre Testa
Jean-Pierre Testa a eu une première activité en tant que responsable RH. Il a ensuite rejoint le groupe Cegos où il a eu la responsabilité de nombreuses offres de formation notamment celle en management des équipes, coach et consultant en management. Il a également participé à de nombreux ouvrages aux éditions ESF : "Prendre de nouvelles responsabilités – mode d’emploi", "Animer, diriger une équipe", "Managez votre temps et vos priorités", "L’intelligence managériale" et le "Guide du management et du leadership" aux Editions Retz.
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