La sociodynamique pour mobiliser des acteurs sur un projet

Cécile LemoineConsultante Formatrice

Pourquoi certains projets ont-ils des résultats décevants ? Lorsqu’on fait l’inventaire des causes, on s’aperçoit vite que beaucoup sont reliées, de près ou de loin, à des questions d’adhésion et de mobilisation des acteurs.Vient alors la question : comment influencer la dynamique du projet pour obtenir une belle synergie ? Zoom sur l'approche sociodynamique.

Comment embarquer l'essentiel des acteurs sur un projet complexe ?

On paie parfois très cher de ne pas avoir su mobiliser les parties prenantes en amont. Vous souhaitez éviter cet écueil ? Certains pensent que le succès en la matière tient souvent à la manipulation, ou encore à la personnalité particulièrement charismatique d’un leader de projet… Heureusement, vous pouvez recourir à une démarche plus méthodique –et exempte de manipulation- qu’il est désormais convenu d’appeler la sociodynamique.

Nous devons à Jean-Christian Fauvet cette approche très éclairante pour décoder les situations complexes et se focaliser sur les actions à haute valeur ajoutée.

Si vous faites confiance au jeu naturel des acteurs, vous prenez un risque –même si vous êtes un maître dans l’art de structurer et piloter votre projet. Car si vous n’agissez pas pour comprendre et influencer la dynamique naturelle, les logiques d’opposition et plus encore d’inertie peuvent contrecarrer votre feuilles de route, aussi complète et structurée soit-elle.

Intégrer des clés de sociodynamique vous facilitera grandement les choses et pourra faire partie de votre boîte à outils sans nécessité d’y consacrer un temps spécifique.

Alors, comment vous y prendre pour utiliser les leviers de la sociodynamique dans un projet ?

Apprenez à décoder les stratégies des acteurs

Face aux sollicitations autour d’un projet, les acteurs se positionnent généralement assez vite lorsqu’ils ont suffisamment d’informations. Peu à peu, vous commencez à situer ceux qui vous soutiennent, ou sont plutôt dans l’indifférence, ou encore s’opposent à certains aspects de votre projet –voire au projet dans sa globalité. Est-ce à dire, pour simplifier, que les acteurs sont "pour" ou "contre" un projet ? Pas si vite ! La sociodynamique vous propose une grille de lecture plus fine, qui repose sur 2 axes :

  • Le fait de se positionner globalement "pour" ou "contre" le projet
  • L’énergie déployée par rapport au projet

Ainsi, le niveau de synergie comme le niveau d’antagonisme peuvent être élevés pour votre projet sans que celui-ci soit menacé : car le niveau d’énergie déployé autour du projet est élevé. En revanche, si l’essentiel des acteurs est plutôt sans position personnelle forte, et peu enclin à prendre des initiatives, même si vous avez des alliés, l’apathie menace la dynamique et vous risquez de vous épuiser à tout faire au lieu de faire faire !

Sociodynamique 1

Les positions ci-dessous vous rappellent-elles les acteurs de votre projet ?

Sociodynamique 2

Comme en politique lorsqu’on évoque la "majorité indécise", les hésitants et les passifs sont généralement les plus nombreux au démarrage de votre projet.

Il va s’agir pour vous d’identifier également les constructifs, les opposants, à distinguer des grognons (moins actifs) et des révoltés (qui cherchent à plomber votre projet). Vous pouvez avoir une poignée de déchirés : à la fois favorables et défavorables, ils sont mal à l’aise mais jouent généralement leur rôle (ex. le Directeur d’une agence appelée à fermer).

A ce stade, soyez vigilant : abstenez-vous de poser des étiquettes sur chacun des acteurs de manière définitive ! Vous devez absolument garder à l’esprit que leur position est très rarement figée –ou alors c’est le signe que l’on s’achemine vers une situation de blocage. Les acteurs se positionnent donc au démarrage et se repositionnent en permanence ensuite. On appelle cette reconfiguration permanente le jeu des acteurs.

Vous économiserez beaucoup d’énergie en apprenant à décoder les logiques d’action des acteurs et saurez ainsi à qui consacrer de l’énergie en priorité :

  • Savez-vous quels sont les enjeux des acteurs que vous souhaitez embarquer ?
  • Qu’ont-ils à gagner ou à perdre s’ils collaborent ou non ?
  • Estimez ensuite leur poids dans la dynamique : quelle influence ont-ils sur les autres ?

Prenez le temps d’analyser cela pour discerner où sont les freins et leviers majeurs sur lesquels vous pouvez jouer pour faire évoluer les positions des uns et des autres. Certaines objections sont des prétextes des opposants pour vous tester, d’autres correspondent effectivement à des points bloquants. Vous gagnerez à les étudier avec eux -pas nécessairement sous le feu des projecteurs des réunions formelles…

Appuyez-vous sur l’énergie des acteurs au lieu de vous y opposer

Qui n’a pas assisté à une joute oratoire au cours d’une réunion, dans laquelle les deux protagonistes finissent par ressembler à des enfants jouant à « qui-aura-le-dernier-mot » ? Et que font les autres participants de la réunion pendant ce temps ? Soit le ‘match’ les captive, et ils comptent les points, soit cela ne les passionne pas, et ils se jettent sur leurs smartphones pour faire autre chose…

Si vous tombez dans cet écueil, vous gaspillez beaucoup d’énergie avec ceux qui s’expriment davantage et vous amplifiez ainsi leur audience -donc leur pouvoir d’influence. Certains hésitants sont alors tentés de rejoindre le camp des opposants… Et pendant ce temps, vos alliés d’hier risquent de se décourager devant des débats qui leur paraissent stériles... Bref, toutes les conditions se réunissent pour que l’antagonisme triomphe. Vous obtenez un résultat opposé à ce que vous recherchiez. Conclusion : oubliez le rêve de convaincre les opposants.

Comment réagir alors, lorsque vous êtes confronté à un opposant qui vous interpelle en réunion ? C’est là que vous gagnerez à adopter une posture de coach.

  • Remerciez-le de ses remarques qui soulèvent des points de vigilance, notez ses idées au même titre que celles des autres,
  • Refusez tout marchandage, évitez la polémique,
  • Proposez d’apporter des réponses à tout le monde en général sans rentrer dans un jeu entre lui et vous en particulier.

Ainsi vous utilisez l’énergie des opposants comme une contribution positive à la dynamique globale plutôt que de lutter contre elle, avec tous les effets pervers que cela implique.

Agissez auprès des acteurs clés pour influencer la dynamique

Appliquez la fameuse « stratégie des alliés » : consacrez l’essentiel de votre temps aux constructifs (parfois appelés ‘triangles d’or’), mais aussi aux hésitants et engagés. Sans négliger les opposants, évitez de focaliser sur eux. Placez-vous dans une logique d’optimisation de la dépense d’énergie.

Une fois repérées les alliances qui émergent spontanément, vous allez ainsi développer les alliances les plus favorables à votre projet

  • Les constructifs et engagés : consacrez-leur l’essentiel de votre temps, sans oublier que les constructifs peuvent s’opposer parfois ; vous devez les soigner en priorité
  • Les indifférents (passifs et hésitants) : faites-les participer, souvent par l’entremise des constructifs ; autant que possible évitez de les braquer, il serait dommage de déstabiliser la dynamique par une maladresse : soignez votre communication
  • les opposants : écoutez-les chaque fois qu’ils ont des raisons qui méritent d’être intégrées, pas si c’est une opposition de principe. Concentrez-vous sur les opposants qui ont du pouvoir ou de l’influence sur les autres et voyez-les si possible dans des situations informelles.

Faire évoluer la dynamique globale peut prendre de multiples formes. Parfois il vous suffira de changer le regard de certains acteurs sur votre projet… Soyez attentif à l’évolution des positions plutôt qu’à la « photographie » de celles-ci à un instant T pour mobiliser les acteurs qui influencent la dynamique vers la synergie.

Nourrissez votre stratégie des alliés

Restez vigilant : une dynamique vertueuse n’est jamais installée de manière définitive !

Vous allez devoir entretenir la mobilisation des constructifs par des feed back positifs, nourrir la reconnaissance autour du chemin parcouru, et capitaliser sur les enseignements liés aux difficultés surmontées.

Ne craignez pas les différends et les critiques :

  • rappelez-vous qu’il est illusoire de vouloir embarquer 100% des acteurs : même concernant des changements correspondant à des succès incontestés, vous trouverez des personnes pour les dénigrer
  • le conflit peut faire partie de la dynamique et n’est pas à considérer comme un échec ! La prise de distance face aux situations conflictuelles vous permettra de restaurer une dynamique favorable.

Quel que soit le contexte, il est essentiel développer une communication aussi ciblée que possible selon les positions et stratégies des acteurs. Quoi qu’il arrive, privilégiez les interactions constructives et restez attentif à la dynamique globale plutôt qu’à la position de tel ou tel acteur en particulier.

Pour aller plus loin : L’élan sociodynamique, de Jean-Christian Fauvet (Editions d’organisation)

Ecrit par
Cécile Lemoine
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