Que nous disent les chevaux ?

Jacques IsoréConsultant formateur

Après les babouins, les chiens et les oies qui ont fait l’objet d’articles parus dans ce blog, portons aujourd’hui notre attention sur les chevaux. Par leur façon de vivre à l’état sauvage, par nos modes de communication avec eux et par ce qu’ils nous apportent en matière de thérapie, les chevaux représentent un champ d’études qui ne cesse de croître et qui comporte des enseignements riches pour les managers.

Que nous disent les chevaux ?

Les comportements à l’état sauvage

Les observations sur les chevaux en milieu naturel nous montrent que, la plupart du temps, ils vivent soit en groupe familial soit en groupe de mâles célibataires. La hiérarchie y est forte et la communication entre les membres du groupe est constante, riche et variée. Elle se présente principalement sous la forme d'un langage corporel que tous les chevaux reconnaissent dès leur naissance. Vers l’âge de trois ans, ils quittent leur groupe, soit contraints, soit de leur propre volonté, pour trouver un autre groupe.

La stabilité du groupe est forte : une fois la hiérarchie instaurée, elle est rarement remise en cause. Les chevaux montrent ainsi très peu de comportements agressifs, ce qui diminue les risques de blessure et de perte d’énergie. Ils consacrent beaucoup de temps au jeu et à la simulation de combats. C’est là qu’ils développent des comportements de « chef de famille » comme la conduite et le marquage...

Dans la nature, les groupes de chevaux évoluent dans un espace appelé «domaine vital», dans lequel ils trouvent ce dont ils ont besoin pour vivre : eau, nourriture, abri, congénères, minéraux...

Les chevaux sont très attachés à leur domaine vital, mais ne le défendent pas à proprement parler : les domaines vitaux de plusieurs groupes peuvent ainsi se superposer. La taille du domaine vital est variable car elle dépend des saisons, qui modulent la disponibilité des ressources. Dans le cas où des groupes utilisent une même ressource limitée (par exemple un point d’eau), il apparaît une hiérarchie entre les groupes : la famille dominante aura accès à la ressource en priorité.

La plupart des chevaux ont un ou plusieurs congénères préférés. Ces préférences se manifestent par le temps passé côté à côte ou le toilettage mutuel. Les chevaux tendent à se lier à des congénères de même âge et de même rang. Ils sont généralement plus tolérants à l’égard de leur congénère préféré.

Dominance et leadership

Dans chaque groupe, il existe toujours un cheval dominant qui dégage le respect et la confiance de ses congénères. Pour cela :

- il a une attitude juste envers chacun (jeux, approchement/évitement, confrontation, hiérarchie, etc.)
- Il prévient avant d'agir et son action se déroule toujours progressivement (intimidation, menace, aide,…)
- Il fait bouger ses congénères.

Le mâle dominant veille à la conservation de son groupe : en cas de menace, il va rassembler les membres de son groupe par une posture caractéristique, tête vers le bas, encolure allongée, appelée «conduite».

Le leadership est la capacité d’un individu à entraîner les autres dans un changement d’activité : pâturage, déplacement, repos, roulade, jeu… La notion de leadership est à distinguer de celle de dominance : le rôle de leader peut être endossé par n’importe quel individu adulte du groupe, qu’il soit dominant ou non. Selon le moment de la journée ou l’activité, des individus différents peuvent être leaders.

De récentes observations ont montré que la décision d’un déplacement n’est pas initiée par un seul individu : il s’agit en fait d’une décision collective menée par plusieurs membres du groupe.

Communiquer avec les chevaux

Les professionnels de la communication avec les chevaux sont les fameux chuchoteurs, dont les premiers sont américains (les « whisperers » en anglais). Les traditionnels cow-boys sont issus de générations d'homme de chevaux, et le cheval est encore aujourd'hui leur outil de travail. Vivre avec eux, les élever, les dresser, les déplacer sont leur quotidien. Ils ont pu les observer et, pour la plupart d'entre eux, c'est l'envie de changer profondément leur méthode de travail pour aller vers une relation plus douce et plus sécuritaire avec leur cheval, qui les a amenés à travailler avec de nouvelles méthodes.

Que nous disent les chevaux

Ils ont su établir une relation de confiance et de respect avec leur cheval en se rapprochant de leur langage. Leur relation devient si sensible et leur communication si fine, qu'ils n'ont plus qu'à « chuchoter » pour se faire comprendre.
Leurs principes : observer et comprendre pour communiquer. Pour établir cette communication avec son cheval, il est nécessaire de :
• offrir un cadre dans lequel le cheval peut s'exprimer librement.
• Agir et non réagir.
• Ne jamais résoudre un problème par un autre problème.
• Etre en situation de contrôle et non de contrainte.
• Etre toujours en situation de sécurité.
• Demander et ne pas prendre.

Cette approche du cheval est avant tout un langage qui amène à développer une communication claire et intuitive. Apprendre à gérer son stress, ses peurs, ses émotions, ses conflits intérieurs est nécessaire pour établir une certaine complicité. C'est une forme de communication non-violente, que le cheval, médiateur idéal, sait transmettre à qui veut bien l'entendre.

L’équithérapie

Selon la Société française d'équithérapie, « l'équithérapie est un soin psychique médiatisé par le cheval et dispensé à une personne dans ses dimensions psychique et corporelle. »
« Le cheval est un bon maître, non seulement pour le corps, mais aussi pour l'esprit et pour le cœur », Xénophon, Ve siècle av. J.-C.

Que nous disent les chevaux

Le potentiel guérisseur du cheval gagne en reconnaissance depuis quelques années : les patients sont variés, allant des personnes en souffrance psychologique aux personnes à mobilité réduite, en passant par les patients de maladies de longue durée. Cheval et malade communiquent l’un avec l’autre de façon non verbale par la tension du corps, les gestes, les mouvements,…

Par exemple, un patient sortant du coma doit tout réapprendre, comme un bébé : boire, respirer, s’asseoir, contrôler ses mouvements,… Grâce à l’échange très particulier que le cheval entretient avec lui, c’est tout ce processus que l’équithérapie permet de remettre en place.

Pourquoi ?

La vie naturelle en collectivité des chevaux induit un comportement spontané d’aide aux plus faibles. De plus, ils vivent dans des rapports concrets, directs, dans l’instant présent, dans le ressenti immédiat. Grâce à leur communication uniquement corporelle, ils réagissent à la moindre contraction des muscles. Ils savent parfaitement lire les états émotionnels à travers les micro contractions et relâchements musculaires.

C’est par l’analyse minutieuse d’enregistrements vidéo que les chercheurs ont décelé ces grandes capacités de communication et d’aide - qui passent par une très grande finesse de perception - des chevaux. Chez les humains, cette finesse de perception est moins forte et, de plus, elle est généralement brouillée par la parole, le contexte social et les intentions des acteurs. L’échange entre le patient et l’animal se transforme souvent en grande complicité, il développe la confiance en soi, la vigilance et l’écoute aux besoins d’autrui, ce qui provoque naturellement une plus grande motivation. Les progrès deviennent alors de plus en plus visibles et efficaces, renforçant de nouveau la motivation.

Tout cela demande beaucoup d’attention et de concentration de la part des chevaux qui, malgré leur talents naturels, doivent être particulièrement soignés et doivent avoir suivi une longue formation. Il aura fallu aux hommes de reconnaître à ces animaux des qualités insoupçonnées jusqu’alors, ainsi que le dévouement de quelques passionnés pour investir une quantité impressionnante d’énergie, pour enfin trouver des solutions opérationnelles et efficaces à l’origine de l’équithérapie.

Et vous, managers, quelles réflexions vous inspirent ces modes de vie des chevaux ? Leurs styles de communication vous interpellent-ils ? Leurs façons de régler problèmes, tensions et conflits vous semblent-elles intéressantes ?

Ecrit par
Jacques Isoré
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