Comment mettre fin aux sollicitations intempestives ?

Pascale BélorgeyManager Offre et Expertise

S’il est normal d’être sollicité par notre manager, nos collègues ou nos clients, il l’est moins d’être interrompu en permanence par les mêmes personnes. Si nous sommes dérangés plus que de raison – plus que nos collègues qui font le même métier, par exemple – c’est probablement…que nous avons le pouvoir de changer la situation !

Notre cerveau reproduit nos expériences positives

Prenons l'exemple assez courant d'un collègue qui nous demande - une fois de plus au dernier moment ! - un travail urgent. Nous avons beau critiquer son manque d'anticipation, nous lui rendons service. Nous avons évidemment plein de bonnes raisons de le faire. Nous ne voulons pas lui porter préjudice ou pénaliser l'entreprise. Ce dont nous sommes moins conscients, c'est que nous entretenons le processus : pourquoi notre collègue changerait-il ses habitudes ? Après tout, il a - encore ! - obtenu notre aide malgré tout. Inconsciemment, il a enregistré que la situation d'urgence dans laquelle il se plaçait lui attirait attention et compassion.

De notre côté, même si ces perturbations pénalisent notre gestion du temps, nous avons aussi notre part de bénéfice. Notre collègue ne nous a-t-il pas chaleureusement remerciés de le tirer d'embarras ? Un bref instant, nous nous sommes sentis héroïques : super-sauveurs, super-compétents, super-sympathiques, voire super-indispensables. Alors quelle bonne raison aurions-nous de changer ?

Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous entretenons une boucle d'inefficacité collective en disant toujours "oui".

Même lorsque nous râlons tout en rendant ce fameux service de dernière minute, nous ne faisons qu'ancrer plus profondément ce mécanisme inconscient. Nous mettons simplement en valeur l'effort que nous fournissons. Notre collègue se sent d'autant plus choyé, et nous d'autant plus valorisés.

Donnons à notre cerveau une bonne raison de dire non

Et si nous changions notre façon de voir la situation ? Comme nous l'avons fait pour lutter contre la tentation du perfectionnisme, changeons de vocabulaire. Remplaçons la comparaison "être ou ne pas être gentil" par "assister ou rendre autonome". Si nous considérons la situation à long terme, nous rendons un meilleur service à notre collègue en l'incitant à anticiper ses demandes. Moins de stress, moins de risque d'erreur. Nous pouvons donc être très bienveillants et sympathiques lorsque nous disons "non", surtout si nous y mettons les formes.

Que deviennent nos propres besoins psychologiques dans ce nouveau scénario ? Il est hors de question de minimiser l'importance qu'ils tiennent dans nos choix quotidiens, et encore moins de les spolier. Ils trouveraient toujours le moyen de se satisfaire à nos dépens. Notre détermination à dire "non" ne tiendrait guère plus d'une semaine. La meilleure stratégie est de les reconnaître, de les accueillir... et de les nourrir d'une autre manière, cette fois en pleine conscience.

Par exemple, si nous avons besoin d'être reconnus pour nos compétences, ajoutons à notre panoplie une compétence supplémentaire, celle du pédagogue. Expliquons à notre collègue que nous lui transférons notre savoir-faire pour qu'il soit en mesure de résoudre les problèmes quand nous serons absents. Si nous avons besoin d'être appréciés pour notre disponibilité, expliquons-lui que nous investissons du temps pour le rendre autonome. Si nous aimons nous sentir indispensables, pensons à ce que nous accomplirons de plus indispensable encore lorsque nous pourrons gérer notre temps et nos priorités. Replaçons notre valeur ajoutée dans une perspective plus large.

Ainsi, nous resterons des super-héros et nous aurons mis fin à cette boucle d'inefficacité pour le plus grand bien de notre collègue, de nous-mêmes, et de notre entreprise.

Ecrit par
Pascale Bélorgey
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