Le Mage et le jeune médecin

Pascale BélorgeyManager Offre et Expertise

Il était une fois un jeune médecin qui s’était instruit auprès des professeurs les plus réputés de l’université de Montpellier. Avide de savoir, il avait prolongé ses études et appris l’état de l’art dans toutes les disciplines qui avaient une chaire dans ce prestigieux établissement. Lorsqu’il eut reçu tous les diplômes avec les honneurs du jury, il alla trouver le doyen de la faculté et s’enquit d’un autre lieu où il pourrait parfaire ses connaissances de la médecine.

L’œil du doyen s’alluma d’une lueur malicieuse.

  • « C’est auprès du Mage Ran que tu trouveras ce que tu cherches, bien que tu ne le saches pas encore. »
  • « Je sais que je veux augmenter mon savoir », répondit le jeune médecin d’un ton décidé. « Et si le Mage Ran est savant, il sera mon maître. Dans quelle université enseigne-t-il ? »
  • « Tu le trouveras sur les routes de Provence et du Pays d’Oc. Il parcourt la campagne et les villages pour soigner les malades. Demande ton chemin aux troubadours qui chantent les miracles qu’il accomplit. »

Puis, le doyen sortit d’un tiroir un parchemin. Il écrivit deux lignes à la plume d’oie avant de cacheter la lettre avec le sceau de l’université. Il la tendit au jeune médecin interloqué :

  • « Ran est un vieil ami. Fais-moi confiance. Et donne-lui cette lettre de ma part. »

Le jeune médecin noua donc son balluchon et partit sur les chemins à la recherche du Mage Ran. Après plusieurs semaines de marche, il le rencontra enfin dans une auberge bercée du chant des cigales. Son allure était celle d’un homme qui ne ménageait pas sa peine. Son manteau était usé, son visage buriné par le soleil qui frappait les routes de Provence, ses yeux creusés par les longues soirées de veille auprès des malades.

Le jeune homme se présenta et lui tendit la lettre cachetée du sceau de l’université. Le mage prit le parchemin et le fourra dans sa besace. Le jeune médecin commençait à douter de la confiance que le doyen accordait au mage.

  • « A Montpellier  j’ai appris l’anatomie, la botanique, la chimie et l’alchimie. Des professeurs remarquables m’ont enseigné la chirurgie. Quel nouveau savoir as-tu à m’apporter, Mage Ran ? »
  • « Aucun », répondit le mage.

Un grand silence succéda à ces paroles. Le jeune médecin était déçu et en colère d’avoir perdu tout ce temps à rechercher le Mage Ran. Tout cela en vain.

  • « Tu sais beaucoup de choses, dis-tu. Qu’as-tu fait de ce savoir ? »
  • « Je sais repérer les plantes qui guérissent et celles qui sont nocives à l’homme. Je sais broyer les feuilles et composer des potions. Je sais comment opérer un homme dont l’appendice est enflé…
  • « Ces connaissances », coupa le mage, « comment les as-tu utilisées ? »

Cette fois, le jeune homme hésita avant de répondre.

  • « Nous avons fait pousser des plantes médicinales dans un jardin clos. Nous avons appris à manier le bistouri sur le corps d’un homme que Dieu avait rappelé à lui… »
  • « Tes connaissances sont grandes. Je ne t’apprendrai rien que tu ne saches déjà. Ce n’est pas mon rôle que d’enseigner. C’est celui des professeurs que tu as fréquentés toutes ces années. »
  • « Mais alors, pourquoi le doyen m’a-t-il envoyé vers vous ? » interrogea le jeune médecin dépité.
  • " Parce que mon métier est de guérir les malades. Avec moi, tu utiliseras tes connaissances au service des hommes, des femmes et des enfants qui auront besoin de toi. Tu apprendras à affiner ton diagnostic pour administrer la bonne potion selon la nature des humeurs. A manier le bistouri sur un corps vivant qui souffre. Te sens-tu prêt à me suivre ? »

C’est ainsi que le jeune médecin entra au service du Mage Ran. Avec lui, et dans la variété des situations qu’ils rencontraient en chemin, il apprit son métier et devint un des médecins les plus fameux de son temps. Un jour, alors qu’ils se trouvaient précisément dans l’auberge où ils s’étaient rencontrés, le jeune médecin remarqua :

  • « Mage Ran, vous n’avez jamais lu la lettre que le doyen m’avait donnée pour vous… »

Le Mage sourit et sorti la lettre écornée de sa besace. Le jeune médecin la décacheta et lu ce qu’il avait fini par deviner : « Mon vieil ami, l’érudition de ce jeune homme est dans sa tête. J’ai fini mon travail. A toi de la faire descendre dans son cœur et dans ses mains ».

 

Ecrit par
Pascale Bélorgey
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