Scrum, Kanban Safe, Spotify… quelle méthode agile choisir ?

Emmanuel ChenevierManager Offre et Expertise Management de Projet & Innovation Cegos

Convaincu par l’agilité pour créer plus de valeur dans votre organisation ? Pour la mettre en œuvre, il faudra passer par une méthode agile. Oui, mais quelle méthode agile choisir, ou plutôt lesquelles ?  Voici le champ d’application des 8 référentiels agiles les plus répandus sur le marché.

1. Scrum

À la question quelle méthode agile choisir, on vous parlera forcément de Scrum. La méthode Scrum est devenue incontournable et a inspiré tous les autres référentiels.

Scrum : comment ça marche ?

C’est la démarche agile la plus répandue. Les principes sous-jacents à la démarche Scrum sont au cœur de toutes les autres approches agiles existantes. C’est une démarche itérative et incrémentale. La méthode Scrum est basée sur des itérations de durées fixes appeléessprints (de 2 à 4 semaines). Pendant un sprint, l’équipe Scrum va réaliser et tester un ensemble de fonctionnalités définies lors d’une réunion dénommée sprint planning.

Les limites de l’approche Scrum

La principale limite de la méthode Scrum est la taille maximum de l’équipe : 8 à 10 personnes. Ce qui ne permet pas de développer de grands projets. Par ailleurs, sa mise en œuvre est exclusivement centrée sur la phase de réalisation d’un produit ou d’un service. Elle ne détaille pas la façon dont le projet s’inscrit dans le reste de l’organisation, ni pourquoi, comment et par qui ce projet a été mis en place.

Les acteurs clé de l’approche Scrum

- Le Scrum Master anime l’équipe de développement. Ce n’est pas un chef d’équipe dans la mesure ou la responsabilité du résultat incombe à l’ensemble de l’équipe. C’est plutôt un facilitateur permettant à l’équipe de fonctionner correctement dans le respect des principes et des pratiques agiles.

- Le Product Owner est le représentant du client du projet. C’est lui qui définit et priorise les besoins à développer dans le cadre du projet.

Le saviez-vous ? Le nom Scrum vient du monde du rugby et signifie mêlée en français.

2. Kanban

Kanban : à quoi ça sert ?

La méthode Kanban est fréquemment utilisée en complément de la démarche Scrum. Les principes du Kanban ont été initialement définis dans l’industrie automobile pour optimiser les flux de production. Ils ont ensuite été repris pour optimiser des flux de développement dans une approche agile.

Un objectif majeur de Kanban : repérer et éviter les goulots d’étranglement dans le flux de développement.

Kanban : comment ça marche ?

Kanban repose sur 3 principes clés :

  • La visualisation des tâches en cours dans le flux de travail. En général, on utilise tableau incluant autant de colonnes que de phases du flux de travail. Chaque tâche est représentée par un post-it se déplaçant de gauche à droite dans le tableau.
  • L’optimisation du temps de réalisation des tâches. Dès qu’un goulot d’étranglement apparait et bloque le flux, il peut être corrigé.
  • La limitation du nombre de tâches en cours dans chaque étape du flux pour ne pas surcharger les équipes. Tant qu’une tâche dans le flux n’est pas terminée, il n’est pas possible d’en ajouter une nouvelle.

Le saviez-vous ? Kanban est fréquemment la méthode utilisée par une équipe Scrum lors d’un sprint pour piloter le développement des activités. On parle parfois de Scrumban !

3. AgilePM

AgilePM palie à la limitation principale de la méthode Scrum en proposant une démarche complète de gestion de projet qui définit toutes les étapes du projet agile, de l’idée à la mise en œuvre. Elle définit les rôles clés de la gouvernance, de la réalisation et du pilotage d’un projet agile. Par exemple, elle introduit le rôle de chef de projet ayant la vision globale du projet et assurant la coordination entre les parties prenantes du projet et les équipes de réalisation.

La démarche AgilePM repose sur une approche de type Scrum pour la phase de réalisation du projet.

Le saviez-vous ? AgilePM permet également dans son principe de mixer approche traditionnelle de gestion de projet et approche agile.

4. DevOps

DevOps : à quoi ça sert ?

Tous les bénéfices du développement en mode agile d’un produit ou d’un service s’annulent si la mise en production, ou la mise en service, n’est pas aussi en mode agile. L’objectif de DevOps est de réconcilier les deux mondes parfois antagonistes du développement et des opérations. L’objectif est que les opérations puissent soutenir les cycles de développement plus courts et plus fréquents induits par l’agilité.

Les principes DevOps

Le DevOps est avant tout sur un ensemble de principes résumés à travers l’acronyme CAMS : Culture, Automation, Measurement, Sharing (Culture, Automatisation, Mesure et Partage) :

  • Culture de la coopération entre les équipes de développement et les équipes opérationnelles,
  • Automatisation au maximum de l’ensemble des procédures de développement, de test, de configuration et de déploiement,
  • Mesure des résultats et des KPIs (indicateurs clés de performance) en continu,
  • Partage systématique des feedbacks des équipes dans une logique d’amélioration continue.

DevOps repose sur la mise en place d’outils permettant de concrétiser ces 4 principes.

Le saviez-vous ? L’acronyme DevOps est la concaténation des mots Développement et Opérations.

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Voici maintenant des méthodes d’agilité à l’échelle. L’agilité à l’échelle permet de palier à une autre limitation de Scrum : la taille de l’équipe (10 personnes) et donc la taille du projet. L’agilité à l’échelle signifie faire travailler ensemble une multitude d’équipes agiles (de 8 à 10 personnes) dans le cadre d’un même projet avec une finalité commune. L’agilité à l’échelle introduit des principes de coordination des équipes et des rôles dont la mission est d’assurer cette coordination.

Tous les référentiels d’agilité à l’échelle conseillent de ne pas dépasser le nombre total de 150 personnes dans une équipe projet. Ce nombre dit de Dunbar est le nombre maximum de personnes avec lesquelles un individu peut maintenir des relations durables et constructives.

5. SAFe (Scaled Agile Framework)

SAFe définit un cadre de travail à l’échelle de l’entreprise, depuis la direction générale qui fixe les axes stratégiques, jusqu’aux équipes de réalisation qui fonctionnent en mode Scrum.

Les principes de l’agilité à l’échelle

Comme tous les référentiels d’agilité à l’échelle, SAFe est basé sur 2 principes clés à savoir le cadencement et la synchronisation.

  • Un fonctionnement en mode Scrum des équipes,
  • Le cadencement des équipes : les équipes Scrum travaillent en cadence, c’est-à-dire sur des sprints de même durée démarrant et se terminant en même temps.
  • La synchronisation : les différentes équipes se coordonnent lors d’événements spécifiques aux différents niveaux de l’organisation.

Les spécificités de SAFe

SAFe introduit entre autres 2 concepts clés à savoir :

  • L’ART (Agile Release Train), l’ART est une équipe d’équipes agiles (jusqu’à 100 personnes) qui vont travailler en parallèle et en cadence pour développer des incréments du programme. Cette équipe est animée par un RTE (Release Train Engineer). Le RTE est un super Scrum Master qui coordonne les Scrum Master de l’ensemble des équipes.
  • Le PI (Program Increment) : Un incrément du projet est une période constituée, en moyenne, de 5 sprints de 2 semaines. Sa finalité ? Produire un ensemble de fonctions opérationnelles d’un produit ou d’un service. Un incrément de programme débute par une réunion commune de 2 jours de l’ensemble des équipes (PI Planning) au cours de laquelle vont être définis les objectifs de l’incrément et la répartition des travaux entre les équipes.

Le saviez-vous ? SAFe est le référentiel d’agilité à l’échelle le plus répandu car le plus complet.

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6. Spotify

Spotify est davantage un modèle d’organisation adapté au fonctionnement agile qu’une véritable méthode. Il décrit l’agencement de multiples équipes agiles au sein d’une même organisation.

Une équipe agile Scrum dans Spotify est nommée Escadron ou Squad en anglais. Comme SAFe, Spotify définit des équipes d’équipes agiles appelées Tribus. Un responsable de Tribu a la charge d’assurer la coordination des squads et de favoriser la collaboration.

La coordination inter-équipes autour d’un métier (par exemple le développement, le test,… ) se fait au sein de chapitres. Enfin la coordination autour de sujets transverses (méthodologies, veille technique…) se fait au sein de Guildes à participation libre des individus.

Le saviez-vous ? Spotify est un modèle d’agilité à l’échelle inspiré de l’organisation de la société de diffusion musicale éponyme.

7. LeSS (Large Scale SCRUM)

LeSS est la transposition à l’échelle de l’entreprise des principes de Scrum.

Un seul Product Owner gère l’ensemble des besoins à satisfaire par l’ensemble des équipes agiles. En revanche, il peut y avoir autant de Scrum Masters que d’équipes agiles en place dans le projet.

Les équipes Scrum travaillent en parallèle de manière synchronisée. La réunion de planification des sprints se fait en 2 parties. Une partie ou l’ensemble des représentants des équipes agiles assurent une répartition des tâches et une coordination, une deuxième partie où chaque équipe agile décide comment elle réalisera le travail qui lui est affecté.

Le saviez-vous ? : Le slogan de LeSS est "more with less" ou "faire plus avec moins". Ce slogan illustre le caractère très épuré du référentiel. Il s’agit de conserver l’esprit agile de l’ensemble et de laisser une grande autonomie aux équipes.

8. DAD (Disciplined Agile Delivery)

C’est le plus récent et le moins connu des référentiels agiles mais son rachat par le PMI en 2020 devrait accélérer sa diffusion. L’intérêt principal de DAD ? Il n’introduit pas de nouvelles méthodes agiles mais intègre au sein d’un même référentiel toutes les pratiques agiles existantes, Scrum, DevOps, agilité à l’échelle y compris les pratiques de management de projet traditionnelles.

DAD est une approche pragmatique qui permet de concilier l’ensemble de ces pratiques. Il donne un mode d’emploi aux organisations pour choisir les pratiques agiles qui créeront le plus de valeur dans leurs contextes et leurs cultures. Celles-ci sont dénommées WoW "Way of Working" ou "Bonnes pratiques". 

Le saviez-vous ? DAD est, avec AgilePM, un des seuls référentiels qui introduit la notion d’hybridation entre les méthodes traditionnelles de gestion de projet et les méthodes agiles.

Ecrit par
Emmanuel Chenevier
Avant de rejoindre Cegos, Emmanuel Chenevier a travaillé pendant 20 ans dans le développement de nouveaux produits dans le secteur aéronautique puis dans d'autres secteurs. Emmanuel est spécialiste des démarches de management de projet et d’innovation. Il est également expert des pédagogies innovantes et multimodales. Il intervient sur des missions de formation dans les domaines du management de projet et d’innovation.
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