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Gestion de projet : intégrer la RSE pour créer de la valeur 

22 septembre 2026 Ecrit par Julia Inventar / Avec l'expertise de Karen Arman

La RSE est aujourd’hui une composante fondamentale dans la gouvernance des entreprises. Dans ce contexte, chaque projet qu’elles initient reflète la stratégie qu’elles adoptent vis-à-vis de cet enjeu. En quoi les pratiques responsables doivent-elles être intégrées aux différentes phases de conception d’un projet ? Quel rôle peut endosser le chef de projet dans cette démarche ? Karen Arman, coach et formatrice spécialisée en conduite du changement, décrypte le sujet pour vous.

Ce qu'il faut retenir dans cet article :

  • Intégrer la RSE dans la gestion de projet consiste à questionner l'impact environnemental, social et de gouvernance à chaque phase du projet, du cadrage à la clôture.
  • Le chef de projet n'a pas besoin d'être un expert de la RSE : son rôle est d'arbitrer, de questionner et de s'appuyer sur le responsable RSE de l'entreprise.
  • Des indicateurs concrets (émissions de CO2, déchets, achats responsables, conditions de travail) permettent de suivre l'impact du projet.
  • La RSE, si elle est intégrée dès la conception, devient un levier de création de valeur plutôt qu'une contrainte.

Depuis 2010, la norme ISO 26 000 établit un référentiel international de recommandations pour les entreprises qui souhaitent mettre en place des pratiques plus durables. Même si cette démarche reste volontaire, elle est aujourd’hui loin d’être optionnelle.

Le cadre réglementaire instauré par la CSRD va également dans ce sens : en obligeant les entreprises à rendre compte de leurs informations extra-financières de façon transparente, cette directive les incite à miser sur des éléments de preuves, et non plus uniquement sur des discours généralistes.

Considérer l’impact des projets

« Pour une entreprise, un projet est une manière de mettre en œuvre sa stratégie et d’atteindre des objectifs donnés. Par essence, un projet génère des impacts et transforme l’entreprise : il ne peut donc pas entrer en contradiction avec ses objectifs RSE », introduit Karen Arman, coach et formatrice spécialisée en conduite du changement.

Pour être conforme à la vision RSE d’une entreprise, le cahier des charges d’un projet doit ainsi prendre en compte trois piliers centraux : l’environnement, le sociétal et la gouvernance. Au-delà de la réglementation, clients et investisseurs sont de plus en plus demandeurs de preuves de la part de leurs partenaires, et restent les premiers donneurs d'ordre dans un projet.

Les entreprises ont donc tout intérêt à prendre en compte la RSE pour se distinguer, notamment lorsqu'elles répondent à un appel d'offres. « Il est attendu des organisations qu’elles gardent une longueur d’avance sur ces enjeux, qu’elles soient prêtes à proposer des innovations plus sobres et plus ingénieuses que l’existant », ajoute Karen Arman.

Enfin, de nombreuses autres entités font aujourd’hui partie intégrante de la vie des projets des entreprises, et peuvent y exercer un droit de regard : salariés en interne, pouvoirs publics, citoyens et riverains, associations et ONG, médias, etc. « Prendre en compte ces voix dans le développement d’un projet, c’est l’occasion de créer des concepts qu’on n’aurait jamais envisagés auparavant », analyse Karen Arman.

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Quel est le rôle du chef de projet dans une démarche RSE ?

Pour le chef de projet, la première clé est d’intégrer une étape de questionnement en amont du lancement. Il peut notamment se poser les questions suivantes, d’abord concernant la conduite du projet elle-même :

  • Le projet répond-il/ peut-il être au service d’un axe de la stratégie RSE de l’entreprise ? Est-il cohérent avec ses valeurs ou sa stratégie RSE ?
  • Peut-on réaliser le même projet de façon plus sobre et plus responsable, à l’aide de procédés ou de technologies différentes ?

Puis sur le résultat du projet, le livrable et son cycle de vie :

  • Un référent RSE est-il identifié pour le projet ?
  • Le projet répond-il à un besoin réel et utile ?

« Ici, le chef de projet devient un interlocuteur central parmi les parties prenantes, qui peut oser challenger la raison d’être de l’initiative. Il peut notamment s’appuyer sur l’expertise du responsable RSE de l’entreprise pour proposer des alternatives plus pertinentes », conseille Karen Arman.

Quels indicateurs mesurer pour suivre l'impact d'un projet ? 

Concrètement, un chef de projet peut s’intéresser à plusieurs paramètres pour quantifier l’impact d’une initiative, pendant le projet ou à son terme, lors du livrable :

  • Biodiversité, pollution et déchets : quels sont les effets sur la biodiversité ? Les polluants et déchets peuvent-ils être réduits ou revalorisés ?
  • Emissions de CO2 et utilisation des ressources en énergie : combien d’émissions seront produites ou évitées durant le projet ?
  • Consommables et achats : peut-on privilégier les achats locaux ?
  • Choix des fournisseurs et des sous-traitants : ont-ils des labels spécifiques, ou une politique sociale avancée ?
  • Utilisation des matières premières : peut-on les réduire grâce au recyclage ou au reconditionnement ?
  • Durée de vie du produit : peut-on l’augmenter ?
  • Inclusion et conditions de travail
  • Prise en compte des parties prenantes : qui pourrait être impacté par le projet et s’en inquiéter ? Envers qui a-t-on des obligations légales ?
  • Contribution aux Objectifs de Développement Durable (fixés par l’ONU)

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Du risque à l’opportunité : une façon de créer de la valeur 

Intégrer la dimension de la durabilité à la conception d’un projet, c’est avant tout l’occasion de créer de la valeur à différents niveaux, financiers ou extra-financiers : maîtrise ou réduction des coûts, robustesse économique à long terme, amélioration des processus et de l’efficience, satisfaction du client et amélioration de l’expérience usager, mobilisation et inclusion des collaborateurs en interne, impact positif sur les conditions de travail, revalorisation des déchets, contribution au développement local, etc.

« La clé pour intégrer de la responsabilité aux différentes étapes d’un projet, c’est d’arrêter de considérer cet enjeu comme un risque et de le voir comme une opportunité : celle de se singulariser en cherchant à générer un impact positif maximal », commente Karen Arman.

Pour passer à l'action, les chefs de projets peuvent s'appuyer sur une démarche RSE structurée et utiliser des outils qui intègrent directement la RSE dans leur fonctionnement : par exemple l'éco-conception. 

Cette méthode peut agir à différents niveaux : travailler sur les matériaux et composants du produit (créer une bouteille d’eau en matières biosourcées), lui donner de nouvelles fonctions pour en faire un produit plus pertinent (créer une gourde réutilisable), ou bien redéfinir et repenser entièrement le besoin pour s’affranchir du produit (distribuer de l’eau en vrac dans des fontaines).

Grâce à de tels outils, certaines entreprises sont parvenues à développer des modèles d’affaires plus viables, notamment en misant sur l’économie de la fonctionnalité. On peut notamment citer Michelin, qui a décidé de passer à un modèle de location de pneus au lieu de les vendre, ou encore Xerox, qui loue également ses imprimantes aux organisations au lieu de les vendre.

L’entreprise SEB propose aussi à ses clients de louer certains produits (machines à raclette, planchas, rice cookers…) pour une durée limitée et leur propose ensuite de les retourner dans des points de collecte.

Un rôle d’arbitrage pour le chef de projet 

Jonglant entre performances, coûts et délais, les chefs de projet endossent déjà un rôle de chef d’orchestre. Mais lorsque l’on ajoute l’axe de la RSE, ils prennent place au cœur de tous les arbitrages.

« On n’attend pas d’eux qu’ils deviennent des experts de la RSE, il s’agit plutôt pour eux de se questionner, d’affuter leur regard, de prendre du recul sur les parties prenantes impliquées et d’émettre un avis. Même s’ils ne sont pas décisionnaires, ils doivent poser les bonnes questions pour être capables d’arbitrer les choix qui comptent. Ils peuvent également prendre le réflexe de se reposer sur des alliés en interne », conseille Karen Arman. Pour monter en compétences sur ces sujets, les chefs de projet peuvent suivre une formation RSE dédiée.

En phase de clôture du projet, la réalisation du bilan offre l'occasion de rendre compte de la valeur non financière qui a été créée. Souvent oubliée, cette étape permet pourtant de fournir des références et des échelles de comparaison pour réaliser les prochains projets, et ainsi continuer à améliorer la démarche RSE mise en place au sein de l'organisation.

La check-list : intégrer la RSE à chaque phase de la gestion d'un projet 

Phase de cadrage et d'initialisation

Ici, il s'agit de définir des objectifs RSE mesurables et alignés avec la stratégie de l'entreprise. On peut commencer par identifier les parties prenantes concernées et leurs attentes, puis nommer un référent RSE pour le projet.

Phase de conception

Cette étape consiste à comparer les solutions selon leur impact environnemental et social, à faire une sélection de fournisseurs responsables, et à intégrer des critères d'éco-conception dans le cahier des charges.

Phase de réalisation

Le chef de projet suit les indicateurs RSE définis en amont, sensibilise les équipes aux enjeux RSE et s'assure du respect des engagements par les partenaires et sous-traitants du projet.

Phase de clôture

Le bilan de fin de projet est l'occasion de mesurer les résultats obtenus au regard des objectifs RSE fixés, de documenter les bonnes pratiques et d'identifier des axes d'amélioration pour les projets futurs.

Pour aller plus loin sur ce sujet :

FAQ — Intégrer la RSE dans un projet

Comment intégrer la RSE dans un projet ?

Pour intégrer la RSE dans un projet, il faut d’abord vérifier son alignement avec la stratégie de l’entreprise, puis questionner ses impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance à chaque étape : conception, réalisation et clôture. Le chef de projet peut ensuite arbitrer les choix en s’appuyant sur des indicateurs et sur le responsable RSE.

Quel est le rôle du chef de projet dans une démarche RSE ?

Le chef de projet n’a pas besoin d’être expert en RSE, mais il joue un rôle central d’arbitrage, de coordination et de questionnement. Il doit challenger le besoin, identifier les impacts possibles, prendre en compte les parties prenantes et s’assurer que le projet reste cohérent avec les engagements de l’entreprise.

Quels indicateurs RSE suivre dans un projet ?

Les indicateurs dépendent du type de projet, mais on peut suivre par exemple les émissions de CO2, la consommation d’énergie, l’utilisation de matières premières, la production de déchets, la durée de vie du livrable, les conditions de travail, l’inclusion ou encore la prise en compte des parties prenantes.

Pourquoi la RSE peut-elle créer de la valeur dans un projet ?

La RSE peut créer de la valeur en réduisant certains coûts, en améliorant l’efficacité, en renforçant la satisfaction client, en mobilisant les collaborateurs, en réduisant les risques et en aidant l’entreprise à se différencier, notamment dans les appels d’offres.

Qu’est-ce qu’un projet responsable ?

Un projet responsable est un projet conçu pour atteindre ses objectifs tout en limitant ses impacts négatifs et en maximisant sa contribution positive sur le plan environnemental, social et de gouvernance.

Comment mesurer l’impact environnemental d’un projet ?

L’impact environnemental d’un projet peut être mesuré à partir de plusieurs critères : émissions de CO2, consommation d’énergie, consommation de ressources, production de déchets, pollution, impact sur la biodiversité ou encore durée de vie du produit ou du service livré.

Qu’est-ce que l’éco-conception dans un projet ?

L’éco-conception consiste à concevoir un produit, un service ou un projet en réduisant ses impacts sur l’environnement dès sa phase de conception. Elle peut passer par le choix des matériaux, l’optimisation des usages, l’allongement de la durée de vie ou même la redéfinition du besoin initial.

Comment prendre en compte les parties prenantes dans un projet RSE ?

Il faut identifier toutes les parties prenantes susceptibles d’être impactées : collaborateurs, clients, fournisseurs, riverains, institutions, associations, etc. Ensuite, il est utile d’évaluer leurs attentes, leurs risques de perception et leurs points de vigilance afin d’intégrer ces éléments dans les décisions du projet.

La RSE est-elle une contrainte ou une opportunité pour un projet ?

La RSE peut être vue comme une contrainte si elle est ajoutée trop tard ou de manière purement réglementaire. En revanche, intégrée dès le départ, elle devient une opportunité de mieux concevoir le projet, d’innover, de réduire les risques et de créer davantage de valeur durable.

À quel moment faut-il intégrer la RSE dans un projet ?

Le plus tôt possible. Idéalement, la RSE doit être prise en compte dès la phase d’avant-projet, puis réévaluée pendant la conception, la réalisation et la clôture. Plus elle est intégrée en amont, plus elle peut influencer les décisions de façon utile.

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Expert

Karen Arman

Ingénieur agro, spécialisée en conduite du changement depuis 30 ans dans différents secteurs. Coach certifiée, j’accompagne avec bonheur dirigeants et équipes dans leurs transitions.

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