Utiliser l'IA pour développer son efficacité et sa productivité au travail
Booster sa productivité grâce aux outils d’IA

Le déploiement rapide de l’IA a fait apparaître un certain nombre de risques psycho-sociaux. Mais dissimulés derrière d'apparents gains de productivité, ils peuvent être difficiles à détecter. Grâce aux retours d'expérience d'entreprises matures sur le sujet et aux travaux de chercheurs et d’experts, il est aujourd'hui possible d'identifier les impacts de l’IA sur la charge mentale des équipes. Nous vous proposons ici quelques pistes pour vous en prémunir.
Ce qu'il faut retenir :
D'après le Baromètre Cegos « Transformations, Compétences et Learning, 2026 », l'intelligence artificielle est devenue le premier moteur de transformation des compétences. Pourtant, les données du Microsoft Work Trend Index se penchent sur un véritable paradoxe. L'outil qui était censé nous faire gagner du temps a en réalité créé une dette numérique qui sature l’attention des salariés. En effet, l'IA accélère la production d'informations (e-mails automatiques, rapports, données) et déplace le travail humain de la production/ création vers la supervision, la relecture et la correction.
D'autre part, même sans usage de l'IA, le contexte actuel fait que la santé mentale des salariés est déjà particulièrement fragilisée. En effet, 81 % des salariés ressentent de la fatigue mentale due aux exigences et aux pressions de leur travail, et près d’un salarié sur deux présente des signes de détresse psychologique. Il est clair que sans régulation, l'IA ne pourra pas contribuer à alléger le travail puisque son usage intensifie la charge cognitive. Il est donc très important de prendre conscience de son impact sur la charge mentale, et de prendre des mesures adaptées pour s'en préserver.
Il est souvent recommandé aux salariés de confier les tâches simples et répétitives à l'IA. Toutefois, on observe que ce temps est immédiatement réinvesti dans des tâches encore plus complexes, qu'elles soient analytiques ou décisionnelles. Le salarié enchaîne ainsi des activités à forte valeur ajoutée sans pouvoir profiter des « pauses cognitives » que permettaient auparavant les tâches routinières.
Cette surcharge cognitive exige de suivre une certaine hygiène de travail numérique et de penser à s'octroyer des pauses. Si une IA réalise une tâche qui vous prenait 4 heures en 1 heure, n'utilisez pas les 3 heures gagnées pour en faire 3 fois plus. Utilisez ce temps pour fermer votre ordinateur :
· Stimulez votre créativité. Les meilleures idées naissent parfois quand on s'ennuie ou qu'on s'éloigne de l'écran. Prenez un carnet et un stylo pour faire des schémas ou des cartes mentales. Allez marcher pour réfléchir à un problème complexe.
· Discutez. Bien loin d'être une perte de temps, c’est peut-être la tâche la plus stratégique de votre journée ! Appelez un client, prenez un café avec un collègue, ou passez du temps avec un junior de l’équipe. C'est là que se noue la confiance, que certains problèmes se résolvent de façon spontanée, ou que l'on prend le temps d'analyser le non-verbal (le ton de la voix, l'hésitation).
· Faites une vraie pause. Prévoyez 5 à 10 minutes de déconnexion totale, sans regarder un autre écran (pas de smartphonenon plus). Marchez, étirez-vous, hydratez-vous, regardez par la fenêtre, etc.
Le Stanford AI Index documente ce que les chercheurs appellent la « jagged frontier » de l’IA (ou frontière irrégulière). Ce terme désigne le fait que l’IA est imprévisible : elle peut tantôt proposer des axes de réflexion d’une grande qualité, tantôt commettre des erreurs sur des tâches basiques. Or, si un salarié laisse passer une erreur commise par l’IA, c'est sa responsabilité qui est engagée. Pour éviter ce genre de situation et corriger les biais ou les hallucinations de ces outils, les salariés doivent adopter une posture de vérification permanente. D'ailleurs, cette posture est d'autant plus pesante que le volume d'informations générées par l'IA est massif.
Pour s'en prémunir, il est nécessaire de reprendre le contrôle du temps :
· Ne cherchez pas à suivre à tout prix la cadence de l'IA : laissez la produire et bloquez vous ensuite des sessions dédiées à la relecture. Traiter le flux par lots vous évitera de subir un stress diffus tout au long de la journée.
· Utilisez l’IA pour auditer l’IA, mais avec un autre type d'outil ou une autre session. Par exemple, vous pouvez donner ce prompt à un autre modèle d'IA : « Voici un texte produit par une IA. Trouve les faiblesses logiques ou les erreurs factuelles dans ce texte ». Cela simplifie le travail de relecture et de correction.
· Définissez les niveaux de vérification requis avec votre manager : une relecture rapide (par exemple pour un envoi d'e-mails internes) ne prendra pas autant de temps qu'une double validation humaine (par exemple pour un livrable client). Si le temps manque pour effectuer une vérification approfondie, votre charge de travail doit être réévaluée.
L'IA rend les disciplines complexes plus accessibles et les frontières de chaque métier se brouillent. Aujourd'hui, un salarié peut facilement apprendre comment coder, obtenir des conseils juridiques ou créer des vidéos, mais faire 5 métiers au lieu d’un seul requiert une grande flexibilité cognitive. De plus, sans maîtriser les fondations théoriques d'un métier, il est très difficile de détecter les biais et les hallucinations de l'IA. Par exemple, si le code contient une faille de sécurité, ou si l’IA a inventé de toutes pièces une jurisprudence, la responsabilité pèse sur le salarié. Il est donc important de poser des limites claires et de baliser votre zone d’expertise. Pensez par exemple à avoir recours aux experts internes, pour qu'un livrable transverse soit validé par le service concerné avant diffusion.
Pour cela, utilisez la règle du 80/20 : veillez à ce que 80 % de votre temps et de votre énergie restent dédiés à votre cœur de métier, et à ce que les incursions dans d'autres disciplines ne dépassent pas les 20 %. Par exemple, un designer peut générer une ligne de code pour intégrer son dessin à un support, mais pas s'improviser développeur full-stack.
Face à l’impact de l’IA sur la charge mentale, les salariés peuvent mettre en place quelques actions pour poser des limites et se préserver. Cependant, l'auto-discipline n'est pas suffisante sans prise de conscience globale. Les risques psycho-sociaux liés à l’IA doivent faire l’objet d’une attention particulière de la part du top management et des RH, et être intégrés dans le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels.
Enfin, préserver la santé mentale des salariés à l'ère de l'IA passe surtout par le soutien aux managers, qui sont en première ligne en termes de pression liée à la productivité.
L'IA accélère le flux d'informations et réalise des tâches à faible valeur ajoutée, ce qui supprime les temps naturels de récupération cognitive. Elle produit à un rythme soutenu, qui impose souvent de devoir suivre cette cadence. Sans régulation, cette situation peut saturer l'attention et fatiguer les équipes.
Le flux massif d'informations générées par l'IA dépasse notre capacité d'analyse et de traitement. Les salariés qui confient les tâches répétitives et/ou à faible valeur ajoutée sont pressurisés par le besoin permanent de relecture et de correction de ce flux continu.
Passer de la production et de la création au contrôle exige une vigilance de tous les instants pour détecter les biais et les hallucinations de l'IA. Cette posture de responsabilité et de prise de décision permanente s'avère psychologiquement plus fatigante que l'exécution d'une tâche guidée.
L’IA fournit des réponses immédiates et structurées sur n'importe quel sujet, et donne l'impression à chacun qu'il maîtrise des domaines complexes. Il faut veiller à ce que l'usage de l'IA soutienne le collaborateur dans l’exercice de son métier, et non à ce qu'il augmente sa charge de travail.
Le manager doit fixer les priorités et protéger la santé mentale de son équipe. En parallèle, il doit veiller à se préserver lui-même.
Les organisations ont le devoir de réguler l'usage de l'IA en fixant des cadres clairs et en adaptant la charge de travail induite par la posture de superviseurs que les salariés doivent adopter. Elles doivent également investir dans la formation et offrir des espaces de déconnexion pour préserver la santé mentale des équipes face à l'accélération technologique.
Les équipes Cegos sont capables de construire des dispositifs d’accompagnement sur-mesure pour vous aider à piloter votre transformation IA, prévenir les risques technologiques et psycho-sociaux, et encourager des usages responsables de l’IA.
Pour aller plus loin sur cette thématique :
Carolina Gracia Moreno, Manager de l’Offre Ingénierie Pédagogique et Efficacité Professionnelle chez Cegos, est une actrice clé dans la conception et l’optimisation des dispositifs de formation. Après avoir rejoint Cegos en 2019 comme consultante cheffe de projet au sein de l’équipe Sur-Mesure, elle met aujourd’hui son expertise au service de l’innovation pédagogique et du développement des compétences. Elle pilote la création d’offres impactantes, veille à la qualité des interventions et accompagne la montée en puissance des formateurs. Son engagement illustre la mission de Cegos : transformer l’apprentissage en leviers de performance durable pour les individus et les organisations.
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