IA et formation professionnelle : 4 tendances vues à VivaTech

À l'occasion de sa 10ème édition, VivaTech a confirmé son statut de premier rendez-vous européen dédié à l'innovation, aux startups et aux technologies émergentes. Autour de 15 000 startups, 4 500 exposants et 1 100 intervenants, le fil rouge de cette année était bien sûr dirigé vers les usages de l’IA. Cette année, trois tendances fortes se distinguent : l’usage des chatbots pour déléguer des tâches à faible valeur ajoutée, l’intégration des outils d’IA dans les tâches du quotidien, et l’utilisation de la data à des fins d’hyper personnalisation. Fabienne Bouchut, Cheffe de projet innovation chez Cegos, décrypte pour vous leurs possibilités d’application dans le domaine de la formation.
Ce qu'il faut retenir :
- L'IA générative transforme le rôle du formateur : il devient concepteur, vérificateur et guide plutôt que seul dispensateur de savoir.
- Durant l'évènement VivaTech 2026, trois tendances se sont démarquées concernant l'usage de l'IA dans le domaine de la formation professionnelle : des chatbots pour déléguer les tâches à faible valeur ajoutée, l'intégration de l'IA dans les outils du quotidien, et l'hyperpersonnalisation grâce à l'analyse de la data.
- Une quatrième tendance s'est fait sa place cette année : l'IA incarnée (robots humanoïdes). Mais dans le secteur de la formation, son usage est à ce stade limité aux simulations et aux mises en situation.
- Ces usages doivent s'accompagner de garde-fous (contrôle humain, protection des données) pour que l'IA puisse rester au service des apprenants et non s'y substituer.
La place de l'IA dans la formation professionnelle
Depuis que les outils d'intelligence artificielle se démocratisent dans le domaine de la formation professionnelle, les formateurs endossent de nouveaux rôles : concevoir des modèles d’apprentissage s’appuyant sur l’IA, vérifier les informations proposées pour garantir leur qualité et leur fiabilité, favoriser la prise de recul, ou encore guider les apprenants dans l’utilisation de l’IA durant les sessions de formation. Mais au-delà de ces temps collectifs, on observe aussi que la technologie prend une nouvelle place : elle se met au service des participants pour les accompagner à chaque étape de leur parcours.
Utiliser des chatbots pour accompagner les participants
Cette édition de Vivatech a fait la part belle au rôle des agents conversationnels (chatbots). Devenus de véritables assistants du quotidien, ils permettent de déléguer des tâches à moindre valeur ajoutée afin de consacrer du temps aux tâches stratégiques et essentielles. Le Crédit Agricole l'utilise notamment pour rediriger des demandes simples vers un chatbot autonome, capable de répondre à 97 % des questions courantes de leurs clients. De quoi libérer du temps pour se concentrer sur les cas les plus complexes, mais aussi pour travailler sur la personnalisation de la relation client.
Cette tendance ouvre de nombreuses possibilités pour améliorer les expériences de formation proposées aux entreprises et organisations. On peut en effet imaginer la mise en place d’agents conversationnels tout au long du parcoursd’apprentissage : en amont pour mieux formaliser les besoins des apprenants, et surtout dans la phase post formation pour les aider à transférer les connaissances qu’ils ont acquises dans une situation de travail concrète.
Intégrer les contenus de formation professionnelle aux situations de travail quotidiennes
Les technologies mises en avant cette année sont de plus en plus pensées pour être intégrées directement dans des situations de travail quotidiennes. France Travail a notamment développé différents agents conversationnels à usage interne, pensés pour aider les conseillers à rechercher des informations, préparer les entretiens et renforcer leur accompagnement. D’autres agents, dédiés à un usage externe, sont conçus pour guider les demandeurs d’emploi dans leur parcours de recherche.
Avec les lunettes connectées de chez Meta, cette tendance va encore plus loin : l’utilisateur bénéficie d’une véritable IA embarquée, disponible à chaque instant pour répondre à ses demandes et l’assister dans ses activités professionnelles : accéder à Outlook ou Teams, gérer des appels, effectuer des recherches d’informations, etc.
Demain, les parcours et contenus de formation auront tout intérêt à être intégrés dans les tâches et outils quotidiens des salariés, afin de devenir de véritables compagnons professionnels. Pour mieux s’insérer dans les flux et les situations de travail, ils pourront être embarqués dans des solutions comme Teams ou Whatsapp. Concrètement, un manager pourrait par exemple solliciter un agent conversationnel pour le guider dans ses prises de décisions, l’entrainer à réaliser un entretien ou encore l’aider à traiter des situations délicates.
La data au service de l’hyper personnalisation et de l’amélioration continue
Les exemples d’entreprises qui utilisent la data comme levier de personnalisation des services sont de plus en plus nombreux. Dans le domaine de la beauté, L’Oréal utilise notamment Beauty Genius, un agent conversationnel capable de proposer des conseils personnalisés et des routines adaptées aux besoins de l’utilisateur. De son côté, Sanofi utilise des personas génériques créées par l’IA pour simuler les comportements, attentes et réactions de profils types : une façon de pouvoir concevoir des solutions adaptées dès leur phase de développement.
Enfin, grâce à une technologie de neuro-IA, la startup HABS est capable d’analyser des signaux cérébraux en temps réel pour évaluer l’expérience vécue par l’utilisateur : mesurer l’attention, la charge mentale ou l’engagement. Grâce à de tels outils, les expériences de formation pourraient être conçues de façon ultra personnalisée en s’appuyant sur des diagnostics plus précis et sur la qualification de profils d’apprenants.
Ici, l’enjeu est de renforcer l’individualisation, d’observer les comportements des participants et d’utiliser ces données dans une logique d’amélioration continue : personnaliser les parcours, cibler les moments de décrochage, et pourquoi pas adapter le parcours en temps réel pour garantir l’engagement à long terme dans l’expérience d’apprentissage.
Utiliser l’IA incarnée pour se former : une bonne idée ?
En poussant plus loin le besoin d’intégrer les outils d’IA en situation de travail, on s’aperçoit qu’une autre tendance forte se dégage cette année : le passage de l’intelligence artificielle simple (logiciels et assistants virtuels) à l’intelligence artificielle incarnée (modèles d’IA directement intégrés dans des robots humanoïdes, agissant dans le monde réel). Au fil des années, les robots humanoïdes se sont effectivement fait une place sur les stands du salon VivaTech. Le système de neuro-IA développé par la startup HABS a d’ailleurs marqué les esprits car il prend la forme d’un robot humanoïde capable d’interpréter les ondes cérébrales humaines.
Il est donc légitime de se demander si ces outils pourraient être utilisés de façon pertinente dans le domaine de la formation. De façon générale, leur usage semble surtout être pertinent dans le domaine de l’éducation. Ils pourraient toutefois être utilisés pour réaliser des simulations ou des mises en situations : entretiens d’embauche, résolution de situations difficiles, prise de parole en public, etc.
Mais pour éviter le risque d’homogénéisation ou de simplification des enseignements et s’assurer de couvrir toutes les dimensions de la communication (verbal et para-verbal), le rôle du formateur reste essentiel. Il est notamment prouvé que des mises en situation réalisées par des humains offrent davantage de bénéfices à long terme : le fait de faire l’effort d’incarner un personnage « adverse », par exemple dans un jeu de rôle (un recruteur, un manager, un client difficile…), permet au participant d’apprendre par mimétisme. En endossant un rôle qui n’est pas le sien, il est effectivement en meilleure posture pour comprendre les attentes de la personne qu’il incarne.
Quels garde-fous pour un usage responsable de l'IA en formation professionnelle ?
Si les usages de l'IA en formation professionnelle se multiplient, leur déploiement doit s'accompagner de garde-fous clairs :
- Protection des données : les organismes de formation doivent être vigilants sur les données saisies dans les outils d'IA générative grand public, en particulier lorsqu'elles concernent des apprenants ou des situations de travail sensibles.
- Contrôle humain : la vérification des informations produites par l'IA reste indispensable pour garantir la qualité et la fiabilité des contenus pédagogiques.
- Cadre réglementaire : en France, le cadre d'usage de l'intelligence artificielle dans l'éducation, publié en 2025, fixe des principes de transparence et de protection des données qui inspirent progressivement les pratiques en formation professionnelle.
- Risque de dépendance : un recours excessif à l'IA sans encadrement humain peut nuire à la dimension collective et sociale de l'apprentissage.
Des agents conversationnels aux robots humanoïdes en passant par l’hyper personnalisation des parcours, les perspectives d’usage des technologies d’intelligence artificielle dans le domaine de la formation sont nombreuses. Comme toujours, il s’agit avant tout de délimiter les rôles de chacun et de définir quelles utilisations apporteraient une réelle valeur ajoutée aux pratiques humaines.
FAQ- Questions fréquentes sur l'IA et la formation professionnelle
Quelle est la place de l'IA dans la formation ?
L'IA occupe une place croissante à chaque étape du parcours de formation : en amont pour formaliser les besoins des apprenants, pendant la formation pour personnaliser les contenus, et en aval pour faciliter le transfert des acquis en situation de travail. Elle ne remplace pas le formateur mais transforme son rôle : il est maintenant davantage tourné vers la conception des parcours, la vérification de la fiabilité des contenus et l'accompagnement des apprenants dans leur usage de l'IA.
Quelle formation est nécessaire pour travailler avec l'intelligence artificielle ?
De nombreux modules abordent des thématiques comme l'usage de l'IA générative, la création de prompts, et le développement de l'esprit critique face aux contenus produits par ces outils. Ces compétences deviennent indispensables pour les ingénieurs pédagogiques comme pour les apprenants.
Comment utiliser l'intelligence artificielle en formation ?
L'IA peut être utilisée de différentes manières : des agents conversationnels pour accompagner les apprenants tout au long de leur parcours, des outils de personnalisation des contenus, ou encore des analyses de données pour identifier les moments de décrochage et adapter les parcours en temps réel. Dans tous les cas, le contrôle humain doit rester au centre de toute conception pour garantir la qualité pédagogique.
Pour aller plus loin sur cette thématique :
- Comment l’IA redéfinit le rôle du L&D ?
- Learning Technologies France 2026 : l’IA redessine l’expérience apprenante
- Design fiction : pourquoi l’intégrer dans une formation ?
Fabienne Bouchut
Fabienne Bouchut, cheffe de projet innovation chez Cegos, est une actrice clé dans l’intégration du digital et des nouvelles approches pédagogiques au service de la formation. Forte de plus de 20 ans d’expérience au sein de Cegos, après un parcours en management et développement commercial chez Procter & Gamble, elle a piloté de nombreux projets de transformation et d’accompagnement des compétences, en France comme à l’international. Responsable de la veille et du processus d’innovation certifié ISO 9001, elle œuvre à déployer des solutions à forte valeur ajoutée, durables et orientées « time to market ». Engagée, inspirante et ouverte, elle incarne la volonté de Cegos d’innover pour former demain.
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